Joyeux Noël

Nous sommes le 24 décembre il est 23h35 et dans moins d’une demi-heure le père Noël passera déposer les cadeaux sous le sapin. Ce soir Noël a une autre saveur, pas de sapin, pas de lumières qui clignotent, ni d’odeurs de cuisson, ce soir j’ai fait chauffer un plat et je suis partie rejoindre une célèbre association pour donner un peu de mon temps à des gens qui avaient vraiment envie que je sois là. 

S’il y a quelques années on m’avait dit que je passerais un Noël seule, je ne l’aurais pas cru, je ne l’aurais sans doute même pas imaginé. Moi, petite dernière de la famille, qui a été élevée dans une famille pleine d’amour, si soudée et pleine de valeurs, c’était nous 4 contre le reste du monde. J’y ai cru si fort pendant longtemps. Comment peut-on en arriver là ? 

Noël c’est une fête commerciale pour certains, une coutume pour d’autres, mais c’est surtout une réunion. C’est le temps, pour quelques heures, de revenir à notre base, comme des pingouins, se réunir et partager. 

Noël, c’est se faire belle pour rester dans le salon, en faire toujours trop et manger les restes pendant 10 jours. Noël a toujours fait partie de ma vie, cette fête de famille a rythmé mon enfance. De la cloche du père Noël qui retentissait à 00h00, donnant l’autorisation de descendre découvrir le sapin rempli de cadeaux, en passant par les pleurs lorsqu’à 11 ans je ne trouve pas ma Nintendo Ds rose tant demandée au pied du sapin. Sans parler du nombre de cadeaux reçus entre ma soeur et moi, au secours si l’une ou l’autre en avait un de plus… 

Et puis le temps a filé, d’un coup, sans que je puisse le retenir, même l’effleurer. Et d’un coup, Noël a une toute autre saveur, un goût amer, peut-être parce qu’elle n’est plus là. A table, une chaise est vide et l’ambiance est froide. 

Si je pouvais me rencontrer petite fille, je me dirais de profiter de ces moments précieux, de savourer chaque instant, car parfois ce sont les derniers. 

Je me suis épuisée pour démêler rancoeurs, colère, incompréhension, lâcheté, égoïsme, frustration, qui au fil des années, ont faussé le chemin entre ma famille et moi. C’est si sensible, si fragile, j’ai envie d’écrire des lignes et des lignes pour exprimer ma douleur, mais elle restera silencieuse. Ecrire cette douloureuse vérité m’arrache le coeur, comme si je ne voulais pas y croire, ou vivre encore un petit peu dans le déni, dans le fantasme que représente une famille. 

C’est devenu toxique, malsain, et négatif, alors j’ai arrêté. C’était ma décision, couper les ponts pour avancer, être égoïste à mon tour. J’en demande peut-être trop, mais je me suis remise en question 100 fois, 1000 fois, mais malgré tout, je ne suis pas d’accord avec lui. Non, je ne suis pas d’accord, je ne suis ni dépressive, ni suicidaire, ni instable. J’aurais aimé le rendre fier quand après ce raz-de-marée je me suis relevée, quand à 16 ans je me suis démenée pour vaincre mes démons. J’aurais aimé qu’il me dise qu’il m’aimait quand je souffrais, être sa priorité, la prunelle de ses yeux. J’aurais aimé qu’il déplace des montagnes pour mon bonheur.  Pendant des années c’était mon héros, mon papa, je l’aimais d’un amour inconditionnel. Et puis, d’un coup la lumière s’est éteinte et je l’ai cherché dans tous les recoins, sous toutes les formes, mais il n’était plus là, l’homme était là, mais le père avait disparu. 

« C’est dommage » , ce n’est même pas une phrase, ça ne veut rien dire, ça n’exprime rien et pourtant c’est l’unique réaction que j’ai reçue. J’aurais aimé qu’on me retienne, j’aurais aimé qu’il revienne, qu’il me dise qu’il n’imaginait pas sa vie sans moi, qu’on ne pouvait pas couper les ponts. Mais non, c’est juste « dommage ». Ce soir, à plusieurs reprises, j’ai espéré recevoir un appel, un message, un signe. Un tout petit quelque chose qui me donnerait tort, qui me prouverait qu’il en vaut la peine. 

Ce soir, c’est dans la simplicité d’un geste, d’un sourire ou d’un merci, que je me sens aimée.  Je suis loin de mon cocon doré. Je ne suis ni envieuse, ni malheureuse, je suis bien et je ne regrette pas. J’ai grandi, je suis fière de moi, et je n’ai besoin de l’aval de personne pour en être sûre. 

Aussi déchirante qu’a été cette décision, elle a bouclé la boucle. J’ai décidé de ne pas être hypocrite, même le temps d’une soirée, de ne plus faire semblant et finalement m’éloigner de toute forme de négativité. La douleur fait partie de ma vie depuis si longtemps, alors je m’autorise à me faire mal encore une dernière fois. Peu importe combien de temps prendra les conséquences de cette décision à s’atténuer, elle est nécessaire. 

Je reste persuadée du plus profond de mon coeur que dans quelques semaines, dans quelques mois, ou années, la tendance s’inversera. Je crois au destin et au karma, je n’ai jamais été aussi prête à construire et à aller de l’avant même si cela exclut ce que j’ai toujours cru essentiel, indélébile. 

Joyeux Noël. 

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